Carte postale

Juillet 1992. A l’heure des départs en vacances, la guerre fait rage en ex-Yougoslavie. Les uns écrivent des cartes postales insignifiantes, les autres redécouvrent le poids  des mots.

Meilleurs messages de Sarajevo où nous passons de merveilleuses vacances … Amicales pensées de Vukovar … Salutations ensoleillées de Dubrovnik … Il y a encore une année, de telles cartes postales nous arrivaient de ce qui s’appelait encore la Yougoslavie. Aujourd’hui, seuls quelques cyniques se permettraient d’en envoyer.

Cet été, nous serons nombreux à sacrifier au rite de la carte postale. Comme chaque année, il faudra faire l’inventaire des destinataires obligés, depuis le collègue de travail qui tient la comptabilité des correspondances échangées, jusqu’à la tante à n’oublier sous aucun prétexte. Comme chaque année, il faudra trouver la formule nouvelle pour dire … mais pour dire quoi finalement? Et comme chaque année, on oubliera de toute façon quelqu’un, et comme chaque année on finira par écrire les mêmes banalités. Finalement, c’est le geste qui compte, le message importe peu.

Et si la corvée des cartes postales permettait de dire autre chose, si elle devenait l’occasion d’une parole différente qui aide à vivre, d’une parole vraie qui vienne du coeur? Si, en d’autre termes elle devenait l’occasion d’annoncer une bonne nouvelle? Peut-être que cela donnerait aussi un autre sens à nos vacances.

A propos, voilà justement une carte postale de Sarajevo : Malgré les bombes, la faim et la peur, nous découvrons les vraies solidarités. C’est pas plus long, mais ça dit tellement plus. Faut-il vraiment une guerre pour apprendre à écrire?

7 juillet 1992

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