Prédication du 14 janvier 2017 à Begnins

Lecture bibliques :
  • Matthieu 10,1-15,
  • Ephésiens 4,1-16

« Mon boulot, ce n’est pas de remplir l’église mais d’annoncer l’Evangile ! » Cette réflexion d’un  jeune collègue, un brin impertinente et provocatrice, parue l’été dernier dans 24 Heures, me semble très stimulante pour démarrer cette journée. Qui a dit que les églises devaient être pleines ?

Les églises sont vides dit-on. Régulièrement les médias s’en inquiètent, comme on s’inquiète de la disparition des éléphants, de la couche d’ozone ou des postes de quartier. Et les médias d’appeler au chevet de l’Eglise les plus grands spécialistes de la question pour qu’ils posent un diagnostic sur ce grand malade qu’est l’Eglise.

Les églises sont vides, le mythe à la vie dure. Oh,  je ne dis pas qu’elles sont toujours pleines, c’est vrai, il y a souvent encore de la place.

L’Eglise ekklesia du grec ek kaleo procède, étymologiquement, d’un double mouvement opposé et qui parfois s’oppose. D’un appel au rassemblement et d’un envoi dans la dispersion. D’une force centrifuge et d’une force centripète. On trouve ces deux mouvements au cœur de l’Evangile. Il y a ceux qui rêvent d’une Eglise de convaincus, de militants, de gardiens du dogme. Il y a ceux qui pensent que l’Eglise trouve sa raison d’être dans l’engagement, dans le service du prochain, dans la dispersion au cœur du monde. Il y a ceux qui se contentent d’une Eglise à moitié vide et ceux qui se réjouissent d’une Eglise à moitié pleine.

Rassurez-vous, je ne vais y aller de mon interprétation sur la pratique religieuse de nos contemporains. Mais je m’interroge : pourquoi sommes-nous si préoccupés par cette question, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Eglise – en admettant que la frontière existe ce dont je doute. Vu de l’intérieur, c’est comme-ci notre foi en dépendait. L’amour de Dieu pour nous serait-il inversement proportionnel au nombre de bancs vides dans les églises ? Vu de l’extérieur, c’est comme si la défection des chrétiens était la preuve de la non-existence de Dieu ou du moins de son absence.

Heureusement, la mission de l’Eglise ne se mesure à l’audimat comme pour les médias et l’existence de Dieu ne dépend pas des sondages contrairement à la carrière des politiciens.

Ceci dit, il n’est pas interdit de s’interroger, et quand l’Eglise se met en question elle ne doit pas oublier, qu’au nom de l’Evangile, elle a aussi des questions à poser à la société.

Admettons donc que les églises se vident. Deux tentations nous guettent alors. La première, c’est le repli sur soi. C’est vouloir avoir raison contre tous les autres au risque d’oublier que l’horizon de l’Evangile, c’est l’humanité toute entière et que les frontières de l’Eglise se confondent avec celles du monde. La deuxième tentation, c’est celle de l’activisme. C’est l’ouverture tous azimuts, au risque pour l’Eglise de perdre son identité et pour l’Evangile sa pertinence.

Faire le deuil d’une Eglise qui n’est plus, ou mieux qui n’a peut-être jamais été, pour retrouver une Eglise qui vit de l’Evangile au quotidien comme ces disciples à qui Jésus dit : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ! »

C’est là, je crois, la perspective, que nous ouvre l’épître aux Ephésiens. Dans ce texte que nous avons entendu tout à l’heure, il était question de l’Eglise, et plus précisément de sa croissance.

« Confessant la vérité dans l’amour, nous grandissons à tous égards vers celui qui est la tête, le Christ. Et c’est de lui que le corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent, selon une activité répartie à la mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se construire lui-même dans l’amour. »

La croissance voilà un autre mythe de notre époque. Le salut du monde c’est la croissance. Mais de quelle croissance s’agit-il ici? Peut-elle se mesurer avec un indice?

L’épître aux Ephésiens parle de la croissance de l’Eglise vers le Christ. Et c’est de lui que l’Eglise reçoit la force de croître. Cette croissance s’enracine dans le don de la grâce dont le baptême et la Cène sont les signes.

La croissance dont il est question ici est d’abord qualitative et non quantitative. Alors que nous sommes obnubilés par les résultats, par ce qui est mesurable, démontrable, rentable…

La croissance dans le Christ, c’est d’abord celle de l’être intérieur. Par le don du baptême, le chrétien reçoit la force de grandir et les critères de cette croissance sont l’amour de Dieu et du prochain. Et c’est là qu’intervient l’Eglise, non pas comme institution, mais comme communauté des croyants.

J’entends souvent dire : « Je n’ai pas besoin de l’Eglise pour croire en Dieu! » – Jusque là rien à redire. C’est vrai moi non plus je n’ai pas besoin de l’Eglise pour croire en Dieu. Mais le but de la vie chrétienne est-ce bien de croire en Dieu? Ne serait-ce pas plutôt de croître en Christ comme nous le dit l’épître aux Ephésiens.

Non pas seulement croire en Dieu, mais croître en Christ. La nuance est importante, elle tient en une lettre, un T, qui si vous l’écrivez avec une majuscule à la forme de la croix du Christ. La vie chrétienne, c’est de passer d’une foi statique : je crois en Dieu, à une foi dynamique, je croîs en Christ, c’est à dire je grandis en lui. Croître dans le Christ, c’est révéler peu à peu notre être intérieur qui est caché en Lui.

Voilà la croissance dont il est question ici. Et croître en Christ, cela ne peut se faire seul. Parce que le Christ ne se réduit pas à une seule personne. Son corps est l’Eglise, la communauté des baptisés, la communauté de ceux qui partagent le même pain et le même vin, la communauté de ceux qui célèbrent ce repas jusqu’à ce qu’il vienne. Et tout cela ne peut se faire seul. Je peux croire en Dieu seul dans mon coin, mais je ne peux pas croître en Christ sans l’Eglise.

La croissance du Corps de Christ n’a donc rien à voir avec la croissance du PIB, du SMI ou du bonheur national brut.

La croissance du Corps de Christ n’a même pas grand-chose à voir avec les bancs vides de nos églises, le nombre de catéchumènes ou même le résultat de l’offrande annuelle. Et finalement c’est rassurant. Nous n’avons pas à porter l’Eglise à bout de bras. C’est déjà fait à la croix, cette croix qui nous fait passer de la croyance à la croissance.

Croire en Dieu ou croître en Christ. C’est un choix qui peut changer la vie … et pourquoi pas l’Eglise.

Amen

Begnins, le 14 janvier 2017

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *