Le 23 mai 1992 le juge anti-mafia Giovanni Falcone est assassiné près de Palerme. Le 19 juillet 1992 c’est au tour du juge Paolo Borsselino de succomber à un attentat commandité par Salvatore « Toto » Rinna. A Palerme l’émotion est son comble. Le cardinal Salvatore Pappalardo déclare lors des obsèques: « Lève-toi, Palerme ! Ne te résigne pas au fatalisme et à la défaite. (…) La défense de la démocratie est l’affaire de tous.» Les deux juges seront reconnus « martyrs du XXe siècle » par l’Eglise catholique.
Ou lorsque la réalité dépasse la fiction, lorsqu’ on ne sait plus si les images vues sont celles d’un film ou celles du téléjournal. Comme si l’actualité rajoutait un épisode à une série télévisée. Ce n’est qu’un film dit-on habituellement pour rassurer les enfants effrayés. Mais là, le film est en deça de la réalité.
Des hommes ont payés de leur vie leur attachement à la justice et leur lutte contre le crime organisé. La révolte est à la hauteur des espérances placées dans ce combat contre les forces de mort qui étouffent toute une région.
Et à la révolte se mêlent le dégoût et la lassitude de tout un peuple, tant le combat semble inégal, tant les valeurs défendues sont opposées. Et la révolte est nécessaire. Elle est saine, car elle montre que l’espérance n’est pas morte. Sans elle, le découragement et la fatalité l’emporteraient. Elle est un signe d’espoir, la preuve que la Vie est encore à l’oeuvre.
La foi n’empêche pas la révolte contre le Mal. Elle n’est pas une explication au mal, mais un combat contre lui, un combat de tous les instants. Un combat qui passe par différents moments, dont celui de la révolte. Il faut d’abord dire non au Mal, avant de trouver les raisons d’espérer. Et sans ce moment de la révolte, l’espérance est vide, sans contenu. Elle n’est qu’un voeu pieux.
La révolte fait partie du combat de la foi, pour qu’ensuite renaisse l’espérance, renouvelée, revivifiée, pour que le rêve devienne réalité.
24 juillet 1992