On l’attendait depuis quatre ans. Cette fois ça y est, la paix est signée. Dans Paris en grève, on a fait la paix. Les frères ennemis se sont serrés la main. On dira : plus jamais ça! Et deux cent mille morts plus tard, chacun rentrera chez soi. Sarajevo est sous la neige. Immaculée, comme la paix attendue. Le ciel salue à sa manière l’événement. Comme pour dire : on efface tout et on recommence. Telle une robe de baptême signe de la vie nouvelle. Passage de la mort à la vie. On se prend à espérer.
Les optimistes applaudiront la performance. Ils reconnaîtront l’efficacité du «gendarme du monde» et oublieront bien vite Sarajevo et les autres. Les pessimistes diront que cette «pax americana» obtenue par la contrainte n’augure rien de bon. Ils prédiront le pire et passeront à d’autres urgences.
Qu’en penser? Tout d’abord, il faut se réjouir. Parce qu’après quatre ans de guerre, après trois hivers de souffrances, toute une population revit. Parce que sortir dans la rue ne relève plus de l’exploit. Parce que chercher de l’eau ne ressemble plus au parcours du combattant. Parce que la vie redevient normale. Mais c’est quoi la vie normale après de pareilles souffrances?
Ensuite, il faut prier. Pour la paix des coeurs. Et cette paix-là ne se décrète pas. Elle ne peut être imposée de l’extérieur. Elle ne peut qu’être reçue de l’intérieur. Car si la guerre naît d’abord dans le coeur de l’homme, c’est là aussi que se gagne la paix. A Sarajevo comme à Genève.
Enfin, il faut agir. Pour que cela n’arrive plus. Agir là où nous sommes en refusant ce qui est à la source de toute guerre : la haine de l’autre. Déclarer la guerre à la haine. Comme le dit l’abbé Pierre : “Le véritable «non» à la guerre, c’est le «oui» agissant à la paix et à la justice.”
Cette année encore, nous chanterons avec les anges : “Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre, aux hommes bienveillance.” Glorifier Dieu dans le ciel, c’est aussi se réjouir avec ceux qui font la paix sur la terre. Même si cette paix est menacée. Même si cette paix est fragile. Comme le petit enfant de Bethléem.
15 décembre 1995