Histoire de cloches

Les cloches de l’église de Commugny se taisent depuis le début de l’été. A l’origine de ce silence, il y a les travaux de restauration du clocher et du beffroi. Votre quotidien préféré en a parlé dans son édition de jeudi. Nombreux sont ceux qui regrettent ce silence et qui l’ont manifesté. D’autres, que les sonneries intempestives des cloches incommodent, s’en sont peut-être réjouis.

Une paroissienne qui a passé quelques années aux États-Unis me disaient que ce qui lui avait le plus manqué là-bas, c’était les cloches. C’est lorsqu’elles s’arrêtent qu’on se rend compte combien elles font partie de notre paysage (sonore).

Nos villages et certains quartiers de nos villes vivent encore au son des cloches. Tel un coeur qui bat, elles donnent le rythme de nos journées, de nos semaines et de nos années. Sonnant à la volée, elles rappellent le milieu du jour, invitent à la prière, indiquent le passage à l’année nouvelle. Mais les cloches battent aussi au rythme de nos propres vies, annonçant joyeusement les naissances et les mariages ou rappelant tristement que l’un d’entre nous s’en est allé.

Les cloches sont un peu à l’image de l’Église. Elle aussi fait partie du paysage. Elle aussi rythme à sa façon nos existences. A tel point qu’on s’y habitue et que ce n’est que lorsqu’elle n’est pas au rendez-vous qu’on se rend compte qu’il manque quelque chose. Nombreux sont ainsi ceux qui souhaitent que la voix de l’Église se fasse mieux entendre.

Comme toute institution, l’Église est remise en question. Elle nécessiterait même une sérieuse restauration. Ses structures – tel le beffroi de Commugny – ont peut-être fait leur temps. Faut-il consolider la charpente en chêne du XVIème siècle ou reconstruire un support en matériau contemporain? La discussion entre les spécialistes et la population locale qui a eu lieu mardi dernier est une parabole du débat qui agite nos Églises. Entre tradition et modernité, les points de vue divergent.

Il faut parfois que les cloches s’arrêtent pour qu’on se rende compte de leur existence. Faudra-t-il, le temps d’une restauration, que la voix de l’Église se taise pour qu’on se rende compte qu’il manque quelque chose dans le paysage?

Dans quelques semaines, quelques mois peut-être, les cloches se remettront à sonner. Comme avant? Peut-être pas. On aura pris entre temps la mesure du manque.

20 septembre 1996

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