Samedi dernier en la cathédrale St-Pierre de Genève, 3000 personnes étaient réunies pour un office de prière interreligieux en souvenir des victimes de l’accident du vol SR111. Familles et amis des victimes, autorités politiques, représentants des diverses communautés religieuses de Genève, tous réunis pour une cérémonie d’une grande simplicité, pleine de dignité et d’émotion. Dans l’assemblée aussi des anonymes comme on dit, qui ne l’étaient plus puisqu’ils se sentaient concernés.
Oui, depuis ce jeudi 3 septembre, nous nous sentons concernés, par ce qui est habituellement un fait divers, lointain et impensable. Et là ce sont des proches, des amis, des connaissances qui sont touchés de près ou de loin. Qui d’entre nous ne se sent dès lors impliqué dans le drame qui s’est joué au large de Peggy’s Cove? Comment ne pas être alors en communion avec ces familles brutalement déchirées, avec ces hommes et ces femmes que la mort a séparé?
On a parlé de deuil national. Des sociologues se sont exprimés sur ces deuils collectifs qui rapprochent et qui soudent une communauté. Autrefois, la mort concernait tout le monde. C’est tout un village qui s’arrêtait pour accompagner le mort et sa famille. Aujourd’hui, dans nos villes c’est souvent dans l’intimité de la famille que se déroule le dernier adieu. Dans ce village planétaire qu’est devenu notre monde, c’est dès lors par télévision interposée que nous vivons un deuil.
Certains le regrettent. D’autres s’en font une raison. Je crois que cette cérémonie télévisuelle, littéralement «vue de loin», nous a en réalité rendu proches de ceux qui sont en deuil. Mais n’est-ce pas là la fonction de la religion, que de rapprocher les hommes de Dieu certes, mais également les hommes entre eux? A cet égard cette cérémonie a montré ce que le dialogue interreligieux peut apporter de meilleur : des hommes et des femmes unis dans une même compassion, une humanité qui se découvre égale devant la mort et devant Dieu.
11 septembre 1998