Copie conforme

L’information a paru cette semaine. Ce qui était encore de la science-fiction va peut-être devenir réalité : il sera bientôt possible de dupliquer un être humain presque à l’infini, comme une vulgaire photocopie.

Qu’en penser? Si l’on peut admirer l’exploit technique et scientifique, les conséquences de cette découverte ont de quoi faire frémir. Et les chercheurs eux-mêmes s’en inquiètent. On s’était habitué à ce que la science remette en question nos choix de société, qu’elle marque le développement ou le déclin de certaines civilisations, qu’elle influence même le cours de l’histoire. Ici, c’est la vie même qui est touchée, dans ce qu’elle a d’irréductible. Le débat déborde le cercle des scientifiques qui en appellent à des comités d’éthique. Les voilà donc en compagnie d’autres scientifiques, de philosophes, de théologiens pour réfléchir ensemble au sens de la vie. Ce qui était devenu une question accessoire redevient centrale.

Ce débat ne peut laisser indifférent, car là sont les questions essentielles : Qui suis-je? Qu’est-ce que la vie? Pourquoi suis-je différent? On peut ne pas vouloir y répondre, mais tôt ou tard, au hasard des rencontres ou des événements, au détour des chemins de la vie, elles reviennent, plus fortes, plus insistantes. Vivre c’est peut-être simplement donner réponse à ces questions et l’inscrire, avec mes mots, ma sensibilité, mon caractère, mes défauts aussi, dans le livre d’or de la vie.

Quelle réponse l’humain dupliqué pourra-t-il y inscrire? Pourra-t-il encore dire comme le psalmiste : “Je te célèbre, car je suis une créature merveilleuse.” (Ps 139,14) Bien que parfait, il ne sera jamais que la copie conforme d’un autre, une vulgaire photocopie. Et sa réponse aux questions de la vie ne sera qu’une vaine redite.

Le 29 octobre 1993

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