“Vous êtes le sel de la terre.” (Matthieu 5,13) Jésus s’adresse à ses disciples, et à travers eux aux chrétiens d’aujourd’hui. Qu’est-ce à dire ? Le sel purifie, conserve et guérit. L’Eglise doit-elle donc purifier le monde ? On l’a cru parfois. Est-elle un agent conservateur ? On le lui reproche souvent. A-t-elle une fonction thérapeutique ? Les contre-exemples seraient trop nombreux.
Récemment un évêque a donné son grain de sel, au risque d’être incompris, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Eglise : est-ce le rôle d’un responsable d’église de prendre la parole dans des lieux médiatiques aussi controversés qu’une émission de télévision comme «frou-frou» ou un magazine spécialisé comme «Lui» ? A la décharge de Mgr Jacques Gaillot, il y a un précédent : Jésus lui-même a pris le risque de se compromettre en acceptant l’invitation d’un publicain ou en rencontrant des prostituées.
En prenant la parole, Mgr Gaillot n’a pas cherché à «purifier» ceux à qui il s’adressait. On ne peut lui reprocher d’être un «conservateur». Il n’a pas non plus la vocation d’un «guérisseur». Il a simplement redécouvert la fonction essentielle du sel : donner du goût. Car c’est le paradoxe de la vocation chrétienne : ou bien le sel reste dans la salière et il ne sert à rien. Ou alors il assaisonne la soupe en disparaissant dans la soupière.
« Vous êtes le sel de la terre! » Et si la vocation du chrétien c’était de donner goût à la vie ? La vie est parfois insipide. Le monde apparaît sans saveur. La société est trop souvent fade. Saurons-nous lui redonner du goût, ou plutôt simplement révéler le goût des choses ? En lui-même le sel n’est pas le goût, il ne peut que le révéler. L’idéal du chrétien, c’est quand on vient lui demander : «Passe-moi le sel !»