C’est qui Lénine?

 

Moins de 4 ans après la chute de l’URSS, la jeune génération ignore ce qu’est le communisme. Dur pour ceux qui ont vécu à l’aube de leur adolescence le printemps de Prague et l’espérance étouffée, de se rendre compte que vingt sept ans après d’autres adolescents ne savent même plus ce qu’est le communisme.

Il m’est arrivé récemment d’évoquer avec un groupe de catéchumènes, à propos de la mort, la momie de Lénine . Regards étonnés et question courageuse : «C’est qui Lénine?» Je risque une réponse : «Et bien, Lénine c’est un des fondateurs du communisme». Réponse discutable mais que je voulais simple. Pas assez sans doute à voir leur réaction : communisme leur était aussi étranger que transubstantiation.  J’insiste : «Personne n’a une idée de ce que veut dire communisme?» Alors comme on était au catéchisme, une fille tente courageusement une réponse : «ça a peut-être à voir avec la communion?» Miracle de l’étymologie qui fait se rencontrer dans l’esprit d’une adolescente communisme et communion. J’ai longtemps réfléchi à cette réponse qui peut paraître sacrilège, mais qui rappelle une chose essentielle : l’être humain est un être de communion.

Le grand rêve de fraternité universelle voulu par Lénine s’est définitivement brisé en même temps que le mur sensé le protéger. Mais la faillite d’une idéologie ne doit pas faire oublier la soif de communion qui habite chaque être humain. On n’a pas encore bien mesuré le déficit relationnel créé par nos sociétés occidentales dites avancées et la désagrégation du tissu social entraîné par les bouleversements économiques en cours.

Lorsque nous partageons le pain et le vin de la cène, lorsque nous célébrons l’eucharistie, nous communions au corps et au sang du Christ et par là les uns avec les autres. Le geste est fort et le symbole chargé. La rencontre avec Dieu se fait au coeur des réalités humaines. La communion, c’est le partage du pain et du vin, c’est à dire de ce qui est essentiel à la vie. Essentiel au plan matériel, et il y a ici de nouvelles solidarités à trouver. Essentiel au plan relationnel, et il y a là de nouvelles formes de vie communautaire à inventer.

PS : Au moment de boucler ce billet j’interroge le vérificateur d’orthographe de mon ordinateur. Surprise : lui non plus ne connaît pas le mot communisme – à sa décharge, le programme vient des USA – et me propose en remplacement … communauté, communiant et communiante.

17 mars 1995

Un commentaire

  1. fghjkhjkl

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