C’est avec ces mots que nos liturgies eucharistiques expriment notre reconnaissance à Dieu pour le pain. Le pain, nourriture essentielle à la vie, est à la fois le fruit de la terre et du travail des humains. A la lente germination du grain posé en terre au coeur de l’hiver, succèdent la poussée de la plante au soleil du printemps et la maturation du grain dans la chaleur de l’été. L’automne venu, c’est le moment d’en récolter le fruit avec reconnaissance.
C’est la leçon de la nature. Chaque année, elle nous rappelle que le fruit récolté est le résultat d’un long processus où la terre et celui qui la travaille se rejoignent dans une complicité séculaire. Le secret d’une bonne récolte réside dans cette connivence entre le travail et le terrain où il s’exerce. C’est aussi le secret de la réussite de l’économie d’un pays. A l’heure où des tensions apparaissent entre partenaires sociaux, à l’heure où syndicats et associations patronales manifestent leur désaccord, il faut se souvenir de la leçon de la nature. A ceux qui pensent que c’est la terre qui produit le fruit, il faut rappeler que le capital sans le travail n’est rien. A ceux qui pensent que le travail de la terre suffit à une bonne récolte, il faut rappeler que le fruit du travail dépend aussi des conditions extérieures et de la conjoncture. L’économie d’un pays est à l’image de la nature. Elle résulte d’un équilibre complexe qui ne peut se réduire aux seules lois du marché ou aux seuls droits des travailleurs.
Certaines de nos paroisses de campagne célèbrent la fête des Récoltes. C’est une fête de la reconnaissance. Une occasion de remercier Dieu pour les fruits de la terre, mais aussi pour les fruits du travail. Une invitation à le prier pour tous ceux pour qui la récolte est mauvaise cette année. En particulier pour ceux qui ne voient pas le sens de leur travail et pour ceux qui en sont privés. Une invitation à prier aussi pour tous les acteurs de l’économie afin que les conditions dans lesquelles s’exerce le travail soient propices à une bonne récolte, non seulement pour ceux qui cueillent le fruit, mais aussi pour ceux qui travaillent la terre.
Et si la fête des Récoltes était aussi la fête du travail?
3 octobre 1997